Football et intelligence collective : cybernétique d’une organisation apprenante et stratégie d’intelligence économique en entreprise

Que les non-amateurs se rassurent, le football n’est ici qu’un prétexte pour s’adonner à une analyse de la dynamique de l’intelligence d’un système complexe, c’est-à-dire un groupe composé de plusieurs individus, où le tout est plus que la somme de ses composants. Le but (c’est le cas de le dire) de ce billet est donc de retrouver, à travers l’intelligence collective émanant du jeu d’une équipe de football, les stratégies fondamentales d’intelligence économique qu’une entreprise devrait appliquer afin d’assurer la continuité de son activité, et donc son intégrité.

Tout d’abord, quelques repères sémantiques.

Dire que « le tout est plus que la somme des parties » c’est insister sur le fait que la simple agrégation ou addition des comportements individuels des composants d’un système complexe ne permet pas d’inférer le comportement global(1). La cybernétique est l’étude des systèmes, c’est-à-dire la modélisation des échanges par l’étude de l’information et des principes d’interaction. On ne s’intéresse pas aux composants du système mais à leurs interactions et au comportement global. Un système complexe est donc fait d’élément en interaction les uns avec les autres(2) organisées dans le [...]

Arrêtons les confusions !

Lors d’une interview accordée au site lerenseignement.com, Thierry Lorho, le patron de la société Kargus qui a été mis en cause dans l’affaire d’espionnage concernant EDF et Greenpeace, a déclaré la chose suivante: « L’Intelligence économique, c’est vieux comme le monde. Autrefois, on appelait ça espionnage industriel. Je mets au défi quiconque de me citer un seul grand groupe qui ne l’ait pas pratiquée une fois

OUI, les grands groupes peuvent avoir recours occasionnellement à des pratiques déloyales voire illégales. Dans un contexte de guerre économique et aujourd’hui de crise, il ne faut pas jouer les naïfs et être conscient que l’entreprise peut être amenée à user de méthodes limites su le plan éthique et légal. Toutefois, il serait très périlleux pour n’importe quelle société de systématiser ces pratiques. En effet, celles-ci ont un coût très important en termes de temps et d’argent, d’une part pour acquérir les informations et, d’autre part, pour les conserver sans que cela s’ébruite.

OUI, l’Intelligence économique est vieille comme le monde. Ou, plus précisement, les pratiques d’IE puisque le concept est beaucoup plus récent: en France, celui-ci remonte au début [...]

L’intelligence économique au service de la gestion de crise

Comme nous le savons, l’intelligence économique permet de collecter des données sur divers domaines, de les analyser, et de les hierachiser pour permettre une meilleure prise de décision. Cette dernière doit parfois se prendre dans un contexte de tension et doit donc être rapide. Pour que celle-ci soit alors juste et efficace, il faut avoir prévenu en amont des situations de risque et de crise. L’intelligence économique peut être cet outil pour le décideur. Celui-ci peut être micro (chef d’entreprise par exemple) ou macro (chef d’Etat ou de Gouvernement par exemple). Aujourd’hui, la violence s’est diversifiée. Dans l’histoire, la plus connue était évidemment la guerre. Maintenant, le phénomène de violence a pris de multiples formes, à commencer par la violence économique. Depuis les années 90, c’est en effet la guerre économique qui façonne le monde. Dans ce nouveau contexte, la violence se fragmente et prend la forme de crise. La stratégie doit prendre ainsi toute son importance pour détecter les facteurs de crise et ainsi l’anéantir avant que l’étincelle ne s’allume : l’objet donc n’est pas de résorber la crise mais de l’éviter. L’exposé suivant [...]

Réflexion personnelle… L’IE serait-elle victime d’un coup de balai ?

Je ne sais pas vous, mais chaque fois que l’on parle d’intelligence économique, que l’on évoque les conditions d’exercice de celle-ci, on se retrouve toujours confronté aux métiers de documentaliste et de veilleur. Ce constat est vraiment navrant car on peut retrouver des avis du genre sur les blogs, notamment spécialisés en IE. En effet, à la lecture de certains commentaires, je dirais qu’il y a une certaine virulence envers l’IE. Tout d’abord, il semble exister une sorte de consensus entre certaines personnes qui critiquent l’IE, notamment sur le fait qu’elle n’ait rien inventé et qu’elle s’approprie les connaissances d’autres domaines.

Ainsi, rien n’apparaît propre à l’IE, tout juste il est accepté qu’elle s’appuie sur la connaissance de soit-disant « VRAIS » métiers. Dès cet instant, ils en reviennent à remettre en cause la légitimité de l’IE, ainsi que sa place dans la société et dans les organisations. En effet, si autant de critiques émanent de toute part, notamment de DSI, de DRH, de Directeur Marketing, de Directeur Achat et autres, c’est certainement que chacun d’eux voit d’un mauvais oeil la venue d’un chargé d’ Intelligence Economique. [...]

Corporatisme, distance hiérarchique et contrôle des incertitudes

Dans la série « pourquoi la France résiste-t-elle à l’IE ? », revenons sur trois notions permettant de mieux comprendre ces blocages. La première notion est le corporatisme, c’est-à-dire l’attitude de corps de métiers ou, plus généralement, de groupes homogènes cherchant à faire passer leurs intérêts personnels avant l’intérêt général. Même si elles ne sont pas toujours fondées, les accusations, que l’on retrouve beaucoup dans les médias, reflètent une réelle tendance française corporatiste allant à l’encontre des principes de l’IE. Au niveau national, le corporatisme va se caractériser par le cloisonnement des connaissances, par la rétention des informations et par des relations basées sur des stratégies gagnant-perdant. Il explique, en partie, la faible interpénétration du milieu scientifique et des secteurs privés et publics. Au niveau de l’entreprise, ce corporatisme se traduira par un manque de communication, de collaboration entre les différents départements de l’entreprise. La deuxième notion est la distance hiérarchique (power distance) qui renvoie aux travaux de Geert Hofstede et de Daniel Bollinger sur les dimensions culturelles du management. Dans ces travaux, on remarque que la France dispose d’une forte distance hiérarchique. Elle traduit [...]

L’info, c’est le pouvoir !

L’IE se base sur une approche collective de la culture de l’information. Le partage et la diffusion de l’information sont donc des aspects essentiels à développer dans le but de produire de nouvelles connaissances pertinentes pour la prise de décisions.

Généralement, les Français sont dotés d’un caractère latin et plus précisément méditerranéen qui les pousse à être individualistes. « Les Français sont individualistes, mais d’un individualisme associé au “beau geste” et au “sens de l’honneur”. Cet individualisme est lié à une difficulté à faire confiance aux autres. » [Bulinge, 2002] On comprend déjà mieux pourquoi les pratiques d’IE ne suscitent pas l’enthousiasme. Les valeurs de partage et de collaboration se marient assez peu à celles d’individualisme et de difficulté à faire confiance. Au niveau de l’entreprise, cet individualisme prononcé se manifeste par un sentiment faible d’appartenance au réseau social de l’entreprise avec une préférence pour le réseau familial mais aussi par un manque de communication.

Quelque soit le niveau hiérarchique de l’individu, celui-ci considère que l’information est synonyme de pouvoir. En entreprise, les informations, les connaissances détenues par l’individu sont considérées par celui-ci comme une [...]